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5 - L’île d’Éole, roi des vents

  • Photo du rédacteur: Lucienne
    Lucienne
  • 26 oct. 2023
  • 3 min de lecture
Ulysse arrive à l’île d’Éole, roi des vents, qui lui donne des vents favorables. Il enferme dans une outre les vents contraires. Mais les compagnons d’Ulysse vont, à nouveau, mettre en péril le succès de leur expédition.


Nous parvînmes heureusement à l’île Éolie, pays civilisé où régnait Éole, prince chéri des dieux. Un rempart d’airain, bordé de roches lisses, inaccessibles, entourait l’île entière. Douze enfants du roi, six fils et six filles, faisaient l’ornement de son palais. Ils étaient tous mariés, et leurs jours s’écoulaient dans une félicité constante, auprès d’un père et d’une mère dignes de leur amour et de leur vénération. Dans ce séjour, les fêtes succédaient aux fêtes, mais sans lassitude et sans satiété, parce que les travaux, les occupations sérieuses s’y entremêlaient, en sorte que les plaisirs n’étaient que des délassements.

J’ai pu bénéficier pendant un mois, dans le palais du prince de la plus douce hospitalité. Il aimait à me questionner sur Troie, sur les Grecs, sur leur retour. Je lui rendais un compte exact de ces événements. Quand je lui exprimai mon désir de partir, en le priant de me seconder, je le trouvai favorable.

Jupiter l’avait nommé roi des vents, en sorte qu’il les gouvernait, excitait ou modérait à son gré leur furie. Il me donna une outre faite de la peau du plus énorme taureau, où il venait d’emprisonner les vents les plus orageux. Il attacha cette outre au fond de mon navire par de solides chaînes d’argent.


Éole donnant à Ulysse le sac des vents, par Pellegrino Tibaldi

Éole donnant à Ulysse le sac des vents, par Pellegrino Tibaldi


Mais il laissa libre celui qui souffle de l’occident ; avec ordre d’enfler nos voiles et de pousser nos vaisseaux vers notre patrie, ordre, hélas ! , qui devint inutile par la folie de mes compagnons. Durant neuf jours et neuf nuits, nous avons sillonné d’un cours heureux les ondes. À la dixième aurore, j’entrevis ma chère Ithaque, et nos yeux découvrirent des feux allumés sur le rivage. Alors, épuisé de fatigue et de veilles - car je n’avais pas cessé un moment de tenir le gouvernail, ne m’en rapportant qu’à moi-même de ce soin - , je me laissai surprendre par le sommeil.

Pendant que je dormais, mes compagnons, se persuadant qu’Éole m’avait fait les plus riches présents, et que je revenais comblé d’or et d’argent, se disaient l’un à l’autre :

« Combien ce mortel est heureux ! Partout on l’honore, partout il reçoit des dons. Et que de belles et riches dépouilles il rapporte de Troie ! Et nous, compagnons de ses travaux et de ses peines, nous rentrons les mains vides dans notre patrie ! Tant de trésors ne lui suffisent pas. Voici encore un gage de l’amitié généreuse d’Éole. Quel est-il, ce présent ? Voyons ce qu’il y a d’or et d’argent, dans cette outre mystérieuse. »

Joignant l’action aux paroles, ils ouvrirent l’outre, libérant tous les vents. La tempête, malgré les sanglots et les cris des miens, emporta les vaisseaux sur la vaste mer, loin de notre patrie. Ma flotte fut reportée par la tempête aux côtes de l’île d’Éole.

Je me hâtai, accompagné d’un héraut et d’un autre des miens, de me rendre au palais du roi. Alors qu’il partageait, dans la joie, un festin avec sa femme et sa florissante famille, nous nous arrêtâmes humblement à l’entrée de la salle. Et là, nous avons attendu, pleins de honte et de respect. À notre vue, Éole tressaillit de surprise :

« Ulysse, qu’est-ce qui te ramène ? Quel démon te poursuit ? Ne l’avons-nous pas fourni les moyens de retourner dans ta patrie ?

— C’est vrai, répondis-je, mais un moment de sommeil et l’infidélité de mes compagnons ont tout perdu. Puisque vous le pouvez, mes amis, réparez ce malheur. Ayez encore une fois pitié de notre infortune.

Mes supplications n’obtinrent qu’un morne silence. Le roi le rompit enfin par ces paroles terribles :

— Fuis à l’instant de mon île, ô le plus indigne des hommes. Il ne m’est pas permis de recevoir dans mon palais celui que poursuit la vengeance des dieux, ni de lui prêter secours ; fuis, ta présence profane cette île sacrée. »

Je m’éloignai, accablé de tristesse, et nous regagnâmes nos vaisseaux. Mes compagnons - suite fatale de notre imprudence - durent lutter péniblement contre les flots. Leurs forces s’épuisèrent, leur courage s’abattit. L’accès de la patrie nous semblait à jamais fermé.

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