Éos, déesse de l’aurore
- Lucienne
- il y a 1 jour
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Illustration d’Evelyn de Morgan
Ceci est l’histoire d’une Déesse, qui, selon la croyance des anciens Grecs, avait épousé un mortel.
Les immortels s’éprenaient souvent des belles jeunes filles et des beaux éphèbes qu’ils rencontraient sur la terre, et ils les emportaient dans leurs palais sur le Mont Olympe. Mais il leur arrivait d’oublier de demander l’immortalité pour eux-mêmes, aux autres dieux, et, au bout de quelques années, ils dépérissaient et mouraient ; ou bien, s’ils la demandaient, ils oubliaient de solliciter, en même temps, le don d’éternelle jeunesse, si bien que les pauvres hommes et les pauvres femmes avaient à subir tous les maux de la décrépitude, différant en cela de tous les autres habitants de l’Olympe, qui, dit-on, restaient éternellement jeunes et beaux.
Quand le dieu ou la déesse était las de son époux mortel, tout en compatissant cependant à sa triste condition, il le ramenait sur la terre et le changeait en animal ou en plante, et il était plus heureux sur terre, même devenu arbre ou sauterelle, qu’il ne l’avait été dans les palais d’or de l’Olympe. Mais ils auraient été plus heureux encore si les dieux les avaient laissés tranquilles, vivre et mourir parmi leurs semblables ; ne le pensez-vous pas ?
Éos, déesse de l’aurore, était une des plus charmantes divinités des Grecs.
Quand les anciens Grecs contemplaient les couleurs de l’aube flamboyant à l’orient dans un ciel rouge, pourpre et rose, ils se figuraient une belle jeune fille, au visage vermeil comme l’aube elle-même, montée sur un char et ouvrant de ses doigts de rose les portes de l’orient pour annoncer la venue du jour. Sa robe était éclatante, son manteau violet, et elle avait une étoile au front et une torche à la main.
Ils l’appelaient Aurora, déesse du matin ; mais elle était aussi la déesse du crépuscule, et, pour cette raison, son palais s’élevait tout là-bas, à l’ouest, dans une île posée comme un joyau dans la mer bleue.
Ce n’était que jardins en fleurs et prairies magnifiques, et là Aurora se reposait pendant la chaleur du jour ; mais, quand le soleil était couché, elle revenait sur ses pas, l’étoile brillante à son front, la torche allumée à la main, pour attendre derrière les portes de l’orient une autre aurore. Parfois, au lieu de conduire son char à travers le ciel, elle descendait par un chemin brillant jusque sur la terre, où elle était très aimée.
Elle versait la rosée sur les plantes et les fleurs pour les ranimer ; elle donnait aux hommes un joyeux bonjour matinal, et elle éveillait les oiseaux sur son passage. Mais, bien qu’elle fut aimée de plusieurs, nul mortel n’avait encore fait battre son cœur quand elle s’éprit de Tithon, fils du Roi de Troie.
C’était un bel éphèbe, aux membres élancés, qui aimait les jeux athlétiques, la danse et le chant, et qui était l’idole du palais de son père. Ils se rencontrèrent un matin, de l’autre côté des portes de perle, et Tithon, en voyant son beau visage radieux, sentit son cœur battre comme il n’avait encore jamais battu. Et Aurora, voyant son air de vaillance, lui sourit et l’aima à son tour. Alors Tithon renonça aux jeux, et alla l’attendre tous les matins auprès des portes de l’aurore.
« Voulez-vous être ma femme ? lui demanda-t-il quand ils eurent passé maints jours heureux ensemble.
— Oui. Vous viendrez demeurer avec moi dans mon île dans la mer occidentale.
— Mais, j’oubliais, ajouta-t-il avec tristesse. Je vieillirai, et je mourrai. Nous ne serons que quelques années ensemble.
— Je demanderai à Zeus, père des dieux, de te laisser vivre à jamais, répliqua Aurora, après un moment de réflexion. »
Alors Zeus accorda à Tithon l’immortalité, et la déesse l’emmena dans son beau palais, où leur vie sembla s’écouler comme les eaux d’un fleuve doré, tant ils s’aimaient.
Mais hélas ! Aurora, en demandant à Zeus de rendre son époux immortel, avait oublié de demander pour lui une jeunesse éternelle. Les années s’écoulèrent, et il devint faible et décrépit. Son corps robuste se recroquevilla, et ses cheveux devinrent tout blancs. Sa femme restait aussi belle et aussi jeune que jamais, et il était fier de sa beauté, même quand il fut devenu un vieillard.
Mais à la fin, il fut trop âgé pour prendre plaisir à quoi que ce fût. Ses jambes étaient trop faibles pour le porter, ses yeux trop obscurcis pour voir ; il ne lui restait rien, semblait-il, que la voix.
Aurora le garda auprès d’elle longtemps ; mais à la fin elle se fatigua d’entendre ses plaintes. Il demandait sans cesse aux dieux de lui permettre de mourir, et elle savait bien qu’ils n’y consentiraient jamais, puisqu’elle avait demandé pour lui l’immortalité.
Comme sa voix était tout ce qui lui restait, il s’en servait sans cesse, parlant d’un ton aigu et monotone, sans se soucier si quelqu’un l’écoutait ou non. Aurora le regrettait, mais elle ne l’aimait plus, car il ne restait rien de l’ancien Tithon chez ce vieillard ratatiné, aux jambes tordues, qui la reconnaissait à peine. Alors, elle le ramena sur la terre, et le métamorphosa en cigale.
Quand vous verrez les nuages vermeils du matin, pensez à Aurora, passant, couverte de son manteau violet, par les portes de l’Orient. Et quand vous entendrez le cri-cri aigu du grillon dans les chaumes, rappelez-vous Tithon son époux.

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